23 septembre 2007
Journée de réflexion : "réinventer la gauche"
J'animais hier avec Jeanne Bot un atelier intitulé "Réinventer le PS". Barbara Romagnan, Secrétaire nationale à la rénovation, était notre intervenante. Avec franchise et conviction, elle a très clairement présenté les enjeux du processus de rénovation et fait le bilan des dysfonctionnements récents. Je mettrai en ligne rapidement un compte-rendu des débats qui ont été très riches.
Lors de la séance plénière, avant l'intervention de Benoît Hamon, j'ai rapidement dressé un premier bilan des échanges, en relevant d'abord que lorsque certains socialistes parlent de rénovation ils entendent en fait "droitisation". Les interventions lors de l'atelier ont aussi mis en avant un certain nombre de priorités : le renouvellement et la question du cumul des mandats, la nécessité de développer le lien entre le PS et le mouvement social et enfin l'obligation de former les militants comme les responsables. Les travaux du groupe de travail du courant devront se concentrer sur deux points : la lutte contre la mise en place d'un scrutin de type majoritaire dans le Parti qui annihilerait tout débat et l'élaboration d'une Charte d'engagements pour les militants, les responsables et les élus de notre courant.
Voici le texte de présentation de l'atelier diffusé hier :
Atelier n° 3 : Réinventer le Parti socialiste
Intervenante : Barbara Romagnan, Secrétaire nationale du PS
à la rénovation
Aujourd'hui, la nécessaire refondation de la gauche et du Parti socialiste ne peut se faire sans l'économie d'une profonde réflexion sur le fonctionnement collectif des socialistes. L'enjeu est bien de réinventer la démocratie interne au PS.
Le Parti doit être un outil pour refonder collectivement les idées et les pratiques de la gauche. Il doit permettre de recréer une possibilité de rassemblement de la gauche autour de projets politiques communs pour les élections à venir. Il doit aussi pouvoir s'opposer de façon dynamique aux réformes de la droite et reconquérir les électorats perdus lors des élections présidentielles.
Il existe aujourd'hui un consensus assez large pour critiquer le Parti socialiste tel qu'il est et pour le changer en profondeur. Changer le PS, c'est proposer une nouvelle perspective à la gauche entière. L'enjeu est de taille. Et aujourd'hui, il est parfois cocasse de voir les principaux artisans des réflexes conservateurs vouloir être tous les champions de la rénovation.
Il existe plusieurs façons de rénover le parti et plusieurs visions de la démocratie interne. La plus en vogue en ce moment consiste à décrier les courants et à essayer de faire croire aux militants que pour gagner avec le régime présidentialiste de la Ve République et avec des modes de scrutins majoritaires, il faut conformer le parti à ces normes et à ces règles. L'évolution vers le parti démocrate américain n'est pas loin et cache mal, le plus souvent, un alignement idéologique sur les positions les plus libérales. Quand rénovation rime simplement avec « droitisation »…
Faut-il rappeler que les socialistes sont opposés à la présidentialisation du régime et qu’ils défendent une VIe République parlementaire fondée en partie sur la représentation proportionnelle ? Nous avons tout à gagner à être constants dans nos propositions institutionnelles, même après la défaite des dernières présidentielles.
Le risque est bien aussi d’appauvrir la réflexion idéologique du PS en lui donnant une règle majoritaire qui aligne les scrutins internes sur les enjeux de personnes et d’investitures. Le Parti socialiste doit rester un lieu de débat ouvert et de construction collective de sa ligne. Pour des socialistes, faire de la politique ne peut se résumer à simplement récolter de l'argent pour les campagnes et à supporter un leader charismatique.
Pour autant, les socialistes doivent, dans le même temps, tendre vers plus de cohérence dans leur expression publique : il n’est pas normal que les positions officielles du Parti soient trop souvent contredites par des interventions médiatiques de dirigeants peu responsables.
Réinventer le PS, c'est rénover les idées, et c’est aussi changer les pratiques. Il faut redonner tout son sens à la démocratie interne et instaurer une logique de la responsabilité de tous ses dirigeants, du niveau local au niveau national, devant tous les militants.
Ce dont les socialistes ont besoin, ce n’est pas de s’aligner derrière un ou une dirigeante qui en échange d’une promesse de victoire électorale confisquerait tout pouvoir de décider des orientations du parti, mais bien de s’approprier leur parti pour donner un sens à leur militantisme. Plusieurs pistes peuvent être développées :
- La préparation des congrès doit être repensée, afin qu'ils permettent réellement l’élaboration collective de la ligne du parti.
- Le rôle des courants doit être reconsidéré : garants du débat d’idées, ils doivent évoluer pour faire vivre le Parti entre les congrès, travailler à faciliter les convergences et à ne pas créer de divergences artificielles qui cachent souvent mal les ambitions personnelles.
- Le Parti doit se mettre au travail, des militants aux dirigeants, ces derniers ayant, en plus, la responsabilité de produire pour le Parti. Pour cela, le Conseil national du Parti doit devenir un véritable parlement et le Bureau national, un véritable gouvernement proposant des orientations communes.
- Il faut aussi réfléchir à réformer le fonctionnement des commissions thématiques nationales et fédérales qui doivent non seulement s'ouvrir à tous les militants mais aussi pouvoir proposer des orientations à la direction du Parti.
- Le chantier de la rénovation du PSE ne peut, par ailleurs, être oublié, et notre Parti, pour s’ouvrir sur l’Europe, doit œuvrer pour développer le dialogue entre militants socialistes européens.
Conjointement, le Parti socialiste doit repenser son mode d’expression externe et ses formes de militantisme. Les dernières campagnes ont montré l’importance des nouvelles technologies et des formes alternatives de mobilisation.
Par ailleurs, les socialistes sont face à un défi majeur : affronter sans concession la question du renouvellement des dirigeants et donc la question institutionnelle du cumul des mandats internes et externes. C’est aussi la seule façon d’éviter de subir la honte des pratiques douteuses induite par la « notabilisation » locale du Parti. Il est de notoriété publique que certaines grosses fédérations du PS n’ont que faire de la démocratie militante. Elles portent même gravement atteinte au Parti lorsque leurs responsables annoncent publiquement les résultats des consultations internes… avant même qu’elles aient eu lieu.
Tout cela n’a de sens que si le Parti socialiste refonde profondément son approche de la formation des militants et des responsables. L’afflux des nouveaux adhérents rend indispensable cette démarche.
Enfin, le Parti socialiste doit s’ouvrir sur la société française et mieux représenter les classes moyennes et les classes populaires. Il ne peut laisser à l’écart la jeunesse des banlieues mais doit au contraire en accueillir les représentants et se faire le porte-parole de la lutte contre les inégalités nouvelles. Et même si les efforts se sont accentués récemment, les socialistes doivent donc réfléchir à faire vivre la diversité et la parité dans un cadre laïc et républicain. Il faudra aussi renouveler les approches sur la question des relais syndicaux et associatifs.
Le chantier est vaste, gigantesque même, mais il est à la hauteur de l’engagement des 250 000 socialistes français.
Télécharger le texte au format PDF : Atelier_n°3_:_Réinventer_le_PS
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